Prologue

Prologue
Toutes les histoires commencent pareil ; par ce satané « Il était une fois... » Leur fin est-elle aussi réglée comme du papier à musique : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants... » Cette histoire ne sera pas comme toutes les autres. Soyez prévenus, lecteurs, qui parcourez ces quelques lignes. Rien n'est sûr, rien n'est certain. Vous naviguerez en eaux troubles et peut être vous y noierez vous. Qui sait ? Je suis ce que je suis, nul doute à ça, mais vous, savez vous tout de moi ? Mais venez, allez-y, entrez dans mon univers, si vous vous en sentez d'humeur...Je suis votre hôte et votre obligé...



C'est un matin comme tous les autres, pour tous les habitants du monde. Enfin, presque pour tous. Un jeune homme, d'une rare beauté tourne comme un lion en cage dans son salon. Il semble à la fois nerveux et excité. Il est assez grand, élancé, un teint légèrement mât, des cheveux de jais, des prunelles noires et brûlantes. Sûr de lui et de son charme. Il passe un main distraite dans sa barbe naissante, qu'il ne tardera pas de raser. Malgré cette légère négligence, il possède une élégance naturelle, porte des vêtements qui dénote son goût sur dans cette matière. Il sait que les femmes l'aiment. Il leur rend cet amour... A sa façon du moins. Pour la vingtième fois de la matinée, il tire le rideau en mousseline et pousse un soupir. Il enrage.

Elles sont en retard. Comment osent t'elles le faire attendre ? Surtout elle. Elle, c'est son amie, sa confidente, presque sa maîtresse. Elle est la dette que tout homme doit payer un jour. Elle, qui est si loin de lui depuis quelques temps. C'est avec elle qu'il a mis au point son plan, sa toile d'araignée, qui n'attend plus que quelques mouches s'y prennent. Elles sont, parait- il, amusantes, amicales, cool, charmantes. Et six en plus ! Il s'en frotte déjà les doigts. Le choix de l' « élue » n'en serait que plus difficile. Et sa chute n'en serait que plus grandiose ; que plus intéressante. Il en tirerait plus de plaisir.

Son impatience grandit encore et son corps réagit à l'unisson.
Il s'appelle Sebastian et réside dans un manoir assez cossu depuis quelques années. Or, les travaux pour entretenir la bâtisse sont de plus en plus coûteux. Il a donc décidé de la louer, le temps des vacances d'été. Ce choix lui est doublement bénéfique. Ca lui permet de remplir ses caisses tout en satisfaisant ses appétits pervers. Il songe à ce qu'il va devoir accomplir pour parvenir à ses fins. Sourire, séduire, écouter, bavarder, se faire aimer... Un sourire carnassier illumine son visage quand il se repasse le fil des événements à réaliser.

Lassé de cette attente qu'il trouve interminable, il s'avachit dans un fauteuil, et allume une cigarette. Sebastian en tire une ou deux bouffées. Quelques cendres chaudes tombent sur sa main. Il les époussette, sans avoir au préalable montré la moindre douleur.

Les voisins (si on peut les appeler ainsi, eux qui vivent à presque 1 km de là) le trouvent bien étrange. Mais ils se sont fait à ce jeune homme, terriblement séduisant. Cependant ils restent méfiants et sur leurs gardes. Depuis son arrivée, de nombreux phénomènes étranges se sont produits dans la région. Ils ne sont plus aussi superstitieux que leurs ancêtres mais quand même. On ne sait jamais.
Sebastian écoute donc la vieille pendule à balancier égrainer les minutes. Un tic tac angoissant s'élève dans la maison, silencieuse. On dirait même que le jeune homme a cessé de respirer. Il a les yeux fermés et est d'apparence rigide. On dirait un cadavre. Pourtant, le roulement des globes oculaires, visibles derrière les paupières montrent qu'il est bel et bien conscient. Pour calmer son impatience, tromper son ennui aussi, il monte dans la salle de bain. Avec minutie, il se rase de prêt, et applique un après rasage au parfum très doux. Il jette un regard au miroir. Il semble ironique.

Comme d'habitude n'est ce pas ? Ce reflet ne changera donc t'il jamais ? J'oubliais... On ne peut pas changer quand on est moi. C'est ainsi.


Sebastian parcourt les longs couloirs, sombres, malgré le beau soleil de ce début d'été. Le manoir respire la fraîcheur alors que la chaleur est étouffante au dehors. Certains diraient que c'est à cause des vieilles pierre. Lui aurait une toute autre version, s'il pouvait parler ouvertement.

Il songe à sa complice, sa si jolie complice, en qui il a toute confiance. Ne travaillent t'ils pas conjointement depuis de longues années ? Ne l'a-t-elle jamais trahit. Non, il devait bien l'avouer. Mais elle est en retard, et ça, c'est bien la première fois. Un coup de fil bon sang, ça n'est pas si difficile, en ce XXI eme siècle ou on ne jure que par le mot « technologie » !
Le jeune homme sent qu'il s'énerve, que le sang bouillonne trop dans ses veines. Ses colères sont terribles. Alors, il reprend donc son poste de guet, sur son fauteuil, dans le salon, pas très loin de la fenêtre. L'attente devient de plus en plus insupportable, de plus en plus interminable. Enfin, les graviers crissent dans l'allée. Il s'approche. A travers la vitre, ils les voit, toutes les six, sortir d'une berline noire.

Son amie n'avait pas mentie. Elles sont toutes plus belles les une que les autres, rivalisant en charmes et en grâces. Elles semblent insouciantes. Elles rient aux éclats et leurs yeux brillent de bonheur. Il a presque pitié d'elles, lui qui connaît la suite des événements. Il les détaille chacune, avec envie et gourmandise. Il distingue une rouquine, une petite brune à la peau plus foncée que les autres, une troisième au cheveux noirs bouclés qui tombent sur ses épaules. La quatrième possède un teint de lait. La plus grande de grands yeux noirs. La dernière un sourire mutin.

Sebastian les regarde avec convoitise, comme un enfant devant ses jouets, sous l'arbre de Noël. C'est lui qui désormais est heureux. Pendant six longues journées, elles vivront ici, près de lui. Six longues journées à ses côtés.

Midi sonne au clocher de la chapelle jouxtant le manoir. Il se précipite dans les escaliers pour aller à leur rencontre et se présenter selon l'usage. Le numéro de charme commence et le Don Juan qu'il est le sait. La sonnette retentit. Il est derrière la porte, se calme un peu et passe une main dans ses cheveux. Sa voix chaude, souple et caverneuse se fait entendre pour la première fois depuis la matinée.

-« Elles sont ici. Bien. Très bien même. Alors... Que le jeu commence ! »

Il ouvre la porte, en riant. Elles sont toutes la sur le perron. Les portes du parc, au loin, se referment. Une semaine ensemble, coupés du monde. Le piège s'est refermé. La descente aux enfers peut commencer...

# Posté le dimanche 25 mai 2008 06:24

Modifié le mercredi 28 mai 2008 13:40

Aurore ou l'Envie - Première Nuit

Aurore ou l'Envie - Première Nuit
Un sourire illumina le visage d'Aurore lorsqu'elles arrivèrent enfin en vue du manoir "Soleil Noir", une magnifique bâtisse gothique du XIXème siècle.
C'est elle qui avait trouvé l'annonce de location, surprise de retrouver la maison dans laquelle son père avait grandi.
Pour fêter leur réussite commune aux examens, elle avait proposé à ses amies des vacances entre filles.
Enjouées, elles avaient acceptées, et marchaient à présent, excitées, vers la bâtisse.

Un jeune homme les attendait sur le perron. Il était beau, son teint mat s'accordant parfaitement avec ses prunelles noires, qui avaient quelque chose de mystérieux... Aurore ne parut pas surprise de le voir.

-Ainsi c'est toi qui loue la maison...


Elle se retourna vers ses amies.

-Les filles, je vous présente Sebastian, un ami de la famille... et le propriétaire du manoir.

Le garçon leur expliqua rapidement, d'une voix calme et chaude, qu'il n'avait finalement pas pu partir, et qu'il était donc tenu de rester au manoir. Il précisa que si sa présence dérangeait, elles ne le verraient pas, la propriété étant immense.
Séduites par ce jeune homme poli et prévenant, les jeunes femmes assurèrent qu'il ne les dérangeaient pas et firent les présentations.

La plus jeune était Amy, une rouquine de 17 ans au sourire malicieux. Elle portait au cou un bijou à la symbolique mystique, présent de son petit ami. Elle discutait en riant avec Cassandre, une blonde qui était dans la même faculté qu'elle. Complétant le trio de la fac, Padmée, une future « classe prépa » petite brune avec des lunettes sur le nez, participait à la conversation.
Plus en retrait venait Eloise, une jeune fille au teint pâle et aux cheveux noirs, tandis que Laura, une métisse à l'air taquin, était en tête du cortège, avec Aurore.

Le manoir était immense, et chacune des filles avait sa propre chambre, dans laquelle elles posèrent leurs affaires avant de redescendre dans la salle de séjour goûter la compagnie de leur hôte. Il était d'une conversation plus qu'agréable, possédait une culture et un sens de l'humour développé, et les filles ne virent pas passer le temps.
Malgré la saison estivale, dans la vaste salle, le vent s'engouffrait, faisant frissonner les jeunes femmes.

Prévenant, Sebastian se leva et alluma un feu. Il prit vite, et les flammes crépitèrent bientôt, se reflétant dans ses yeux sombres, fascinant Aurore. On aurait dit que les flammes appartenaient aux prunelles du garçon, et non à l'âtre. Les filles s'assirent sur le tapis, proches de la cheminée pour en capter la chaleur, et la jeune femme se retrouva au côté de Sebastian. Cela faisait vraiment longtemps qu'ils n'avaient pas été aussi près l'un de l'autre.

La conversation reprit, plus calme, sur des sujets différents, parfois intimes. La présence d'un homme aurait pu freiner les confessions, mais un sentiment de confiance inexplicable s'échappait de lui, et les langues se déliaient.
Après avoir porté sa main à ses yeux pour essuyer une larme de rire, à la remémoration d'une frasque amoureuse avec un garçon très petit, Aurore reposa sa main sur celle de Sebastian, par inadvertance. Il ne retira pas la sienne, et elle la laissa là, sous les regards sous-entendus de certaines de ses amies.

La proximité de Sebastian prit peu à peu toute la place dans le cerveau de la jeune femme, qui n'écoutait plus que d'une oreille distraite la conversation. Elle ne l'avait pas approché, pas touché depuis des lustres, et elle en mourrait d'envie. Elle avait toujours su réfréner son désir, mais le fait d'être en contact n'aidait pas sa résolution... Elle avait le sentiment, malgré le tapis épais, malgré le feu, d'être gelée et que la seule chaleur venait de la main du garçon sous la sienne.

Troublée, elle n'écouta plus rien, se concentrant sur ses battements de c½ur et sa résolution qui s'effritait. Voyant qu'elle flanchait, elle se leva, décrétant que même pour des vacances, il était tard.

-Ce serait bête de passer les cinq prochains jours complètement crevées, non?

Les filles acquiescèrent et se levèrent une à une, se dirigeant vers les escaliers de marbre. Alors qu'Aurore allait les imiter, Sebastian se dressa entre elle et les marches. Il affichait un grand sourire, joueur. Fascinée, elle lui sourit aussi, laissant son principal défaut prendre le dessus sur elle. Elle s'approcha plus de lui, posa sa main sur son torse musclé... Dieu ce qu'elle pouvait avoir envie de céder!

Ils restèrent un instant comme ça, les yeux dans les yeux, si proches que leurs souffles se mêlaient. Mais la jeune femme plongea son regard au plus profond des prunelles de Sebastian, et comme la dernière fois, elle n'y vit pas la même envie qui la rongeait. Il n'y avait aucune flamme, aucun feu brûlant, alors qu'il avait réservé ce regard à quelques unes de ces amies le soir même.
Sebastian n'était pas fait pour elle, elle le savait. A regrets, elle s'écarta, laissant traîner sa main sur son torse avant de le contourner et de monter les marches.

Elle dépassa ses amies, qui n'avaient rien perdu de la scène. Elle se recomposa un visage, et leur sourit, d'un air moqueur, provocateur, les mettant au défi de s'approcher autant qu'elle de leur séduisant hôte.
Elle se réfugia ensuite dans sa chambre, laissant l'Envie la quitter.


Dans les somptueuses chambres du manoir, aucune des filles n'était tranquilles, troublée par la proximité de Sebastian et d'Aurore. Sans savoir pourquoi, de la plus timide à la plus extravertie, de la célibataire endurcie à la presque mariée, elles s'imaginaient toutes à la place de leur amie aux cheveux bruns, parcourant le torse du garçon, puis secouaient la tête pour tenter de chasser cette idée, avant d'y songer à nouveau, à la chaleur que cela pouvait procurer...

Dans sa chambre, ne dormant pas, Sebastian sourit. La partie était engagée.

# Posté le dimanche 08 juin 2008 06:13

Chapitre 2 : Laura ou la Gourmandise- Seconde Nuit

Chapitre 2 : Laura ou la Gourmandise- Seconde Nuit
Le petit matin se lève. Laura frisonne sous ses couvertures. Quelle nuit ! Elle n'a presque pas fermé l'½il. La bâtisse, le jour si chaleureuse se transforme en tombe la nuit tombée. Des grincements, des portes qui claquent, des rires et des ombres à glacer le sang. Elle se redresse avec élégance et passe sa main sur ses yeux, en baillant.

« Les vacances commencent bien, dis donc » ronchonne t'elle. Elle a suivi ses amies à contrecoeur, elle préfère la ville à la campagne. Mais la promesse d'un été toutes ensembles l'avait convaincue. Elle sort de son lit et ouvre grand les volets. Une lumière aveuglante, celle du soleil la salue. Elle sourit, et toutes les angoisses de la nuit précédente la quittent.

Peu être n'était-ce qu'un mauvais rêve, après tout. Songe t'elle.

Laura est un joli brin de fille. Elle ne le sait pas, ne le sent pas. Elle continue son petit bonhomme de chemin sans comprendre ce qui se trame autour d'elle. Elle à tout juste 18 ans. Elle vient des caraïbes. De là bas, elle a conservé une jolie peau brune, de longs cheveux noirs, épais et bouclés, qui cascadent sur ses épaules. Elle est de caractère doux et calme, mais quand elle se met en colère, mieux vaut ne pas avoir affaire à sa fureur. De plus sa voix est digne d'une grande chanteuse de soul et elle fredonne a tue tête des airs connus, pour le plus grand plaisir de tous. C'est d'ailleurs ce qu'elle commence à faire, à peine réveillée. La chanson de Norah Jones, « Come Away With Me » rompt le silence et inonde la pièce de douceur. Puis elle se saisit de ses lunettes toutes discrètes et les visse sur son petit nez rond.

Elle s'étend et s'étire, comme pour mieux montrer à l'astre la perfection de son corps. Laura a la chance de pouvoir manger n'importe quoi sans grossir, au grand dam de ses amies. Rapidement elle fait un brin de toilette et de brosse les cheveux. Elle pose sur ses épaules une robe de lin fin, qui souligne la sveltesse de sa taille, le satin de sa peau. Elle noue ses cheveux, dégageant un cou gracile. Puis, pour terminer, elle doit porter sa paire de chaussures crème. Elle a beau chercher, retourner son sac, il lui manque une des précieuses chaussures. Pourtant elle était sûre de l'avoir emportée. Contrariée, elle descend cependant, toujours en chantant, des tongs aux pieds, prendre le petit déjeuner. Les cinq autres filles sont déjà attablées, dégustant croissants et chocolats chauds. C'est Padmée, qui prit la parole en premier :

-« Tiens, la marmotte est sortie d'hibernation ?
-On a cru que jamais tu ne te lèverai !
» Renchéri Eloise.

Cassandre sourit, est désigne à Laura une chaise vide. Elle s'y assoit entre deux éclats de rire. Padmée et Eloise ne changeront donc jamais. Toujours à chercher le mot pour déclencher l'hilarité de la compagnie. Amy souligne :

-« Je m'étonne que l'odeur de petit dej' ne t'aie pas fait te précipiter ici. Une gourmande comme toi.
-Je me dois de protester ! C'est tout à fait faux !
» S'amuse Laura, en engloutissant une viennoiserie.

Aurore qui n'avait pas encore parlé ouvre la bouche. Les rires cessent. Va t'elle dire ce qu'il s'est passé entre le beau Sebastian et elle la nuit précédente ? Elle demande :

-«Vous avez bien dormi les filles ? »


Les amies sont déçues et font la moue. Quoi c'est tout ? De plus, les visages cireux et cernés annoncent la réponse qui arrive, unanime :

-« Non !
-Moi non plus... »
termine la jeune fille, songeuse.

Laura n'y tient plus. Alors toutes les six, elles ont passé une nuit affreuse. Sa curiosité est attisée. Elle veut savoir ce qu'il s'est passé. Elle a aussi besoin de mettre des mots sur les événement nocturnes de la veille. Elle raconte donc ce qu'elle a ressenti cette fameuse nuit.

-« Moi, je me suis réveillée à plusieurs reprises. J'avais l'impression que quelqu'un me regardait dormir. Je... Une sorte de présence... J'en ai eu des sueurs froides toutes la nuit. Un vrai cauchemar.
-Comme à la veille d'un devoir de Maths ?
» se moque gentiment Padmée, qui elle aussi éprouvait dans cette matière des difficultés au lycée.
-C'est étrange... » murmure Eloise sans tenir compte de la boutade de son amie.
-« Qu'est ce qui est étrange ? » la questionne Laura.
-« Moi j'ai eu atrocement chaud. Comme si je rôtissais en enfer.
-Tu as toujours chaud »
nota Aurore.
-« Mais là ça n'était pas pareil. Et une odeur, ma vieille. Putride. A vomir.
-Moi au contraire c'est un froid intense qui s'est emparé de moi. Impossible de me réchauffer. Comme si je devenais un glaçon. J'étais presque incapable de bouger, tellement mes membres étaient engourdis. Et puis il y avait cette maudite porte, qui a claqué à plusieurs reprises.
» conclu Cassandre.
-Moi j'ai trouvé que la nuit dernière était d'une noirceur terrifiante... » chuchote Aurore, en tremblant. « Je me suis réveillée, pensant entendre des cris. Et là, le noir. Comme si j'avais perdu la vue. C'était affreux. J'ai cru que j'étais morte. Je ne pouvais plus bouger au risque de me cogner partout. Et se sentiment qu'à travers l'épaisseur de la nuit quelqu'un m'observait ».
-C'est moi que tu as entendu, dit Amy, car j'ai eu l'impression d'une aura de lumière presque aveuglante, qui brûle les yeux. J'ai pensé à un rêve, mais quand je me suis rendue compte que c'était bien réel, j'ai appelé à l'aide. Personne n'est venu. J'ai conclu que vous deviez dormir profondément. Et puis voilà. »

Toutes se tournèrent vers Padmée, livide. Elle n'osait pas expliquer ce qu'elle avait vécu. Devant ses amies elle ne pouvait que se taire. Elle, toujours prête à rire et à papoter restait obstinément silencieuse. Laura l'encouragea.

-« Et toi alors ?
-Moi. J'ai... J'ai été prise de violents spasmes. Comme si l'on m'étouffait. Ma gorge en feu, mes membres n'obéissants plus au aucun de mes mouvements. Je... J'ai eu très peur... Je... je ne veux pas m'en rappeler. »


Elle détourna sa tête avant de reprendre.

-« Et le pire, c'est qu'on m'a volé une boucle d'oreille.
-Laquelle ?
-Celle que ma grand-mère m'avait offerte, en aigue marine. »
soupira Padmée

Laura s'étonna :

-« Tiens toi aussi ! Moi c'est une chaussure qui a disparue !
-Moi mon solitaire.
» se lamenta Aurore.
-« Mon étole est introuvable... » renchérit Eloise
« Moi c'est mon pendentif » se désola Amy, avant de se tourner vers Cassandre.
-« Et toi ?
-Moi c'est comment dirais-je... gênant.
-Allez vas y, on est entre copines !
-Je t'ai dis non !
-Alleeezzzzz !
-NON ! »


Cassandre était la colère faite femme. D'un caractère soupe au lait, il ne fallait pas la chercher car on la trouvait rapidement. Mais ce défaut mis à part c'était une amie extraordinaire, prévenante et dévouée. Laura demanda :

-« Est-ce donc si terrible ?
-Comment réagirais tu si tes sous vêtements coquins avaient disparus ? Comme ça, volatilisés ! »


Les cinq autres se retinrent de rire. Cassandre quitte la table avec précipitation, bousculant au passage le maître des lieux, Sebastian, qui descendait prendre son repas. Elle ne se retourne pas pour s'excuser et monte quatre à quatre les escaliers. Le jeune homme se tourne vers les amies et demande, inquiet :

-« Quelque chose ne va pas ? »

Un silence. Lui dire ou ne pas lui dire. Laura pense qu'accuser leur hôte, comme ça, d'entrée, le premier matin, serait discourtois, surtout sans preuves. Et puis il est tellement séduisant...

-« Non.
-Si !
» grogne Amy. Et Eloise de surenchérir.
-« Vous n'avez pas passé une nuit mouvementée vous ?
-Cette maison est étrange pour celui qui ne la connaît pas. » se contente de répondre le jeune homme. Padmée le dévisage. Elle trouve que l'explication est un peu légère...
-« Alors vous n'avez rien remarqué... Rien entendu...
-J'ai l'habitude du parquet qui craque et du vent qui siffle entre les pierres. Cette maison a plus d'un siècle et demi vous savez. C'est une vieille dame qui a quelques rhumatisme...
-Petite, je trouvait qu'elle ressemblait à la maison hantée de Disney, tu te souviens ? J'avais peur chez toi. » se remémore Aurore.
-Et la nuit dernière ?
-Je n'étais pas rassurée je dois te l'avouer...
-Je ferais en sorte que vous ne soyez plus dérangées les filles...
-Et comment ? En empêchant le vent de souffler ?
» réplique Eloise, acide.
-« Vous ne savez pas de quoi je suis capable... »

La phrase reste en suspend. Les quatre amies se dévisagent. La réponse de Sebastian fait frémir Amy. Padmée observe ses pieds avec minutie. Aurore est blême. Seule Laura reste calme. Le jeune homme part dans un gros rire ! Un rire qu'elles croient franc. Elles se dérident et semblent soulagées.

« Après tout il a répondu à toutes nos interrogations... Il connaît la maison mieux que nous... Mais ces objets perdus... » Cette remarque continue de chagriner Laura. Mais Sebastian la tire de ses pensées...
-« Et votre amie... euh...
-Cassandre ?
-Oui c'est cela. Pourquoi quitter la table de si méchante humeur ?
-Une remarque qu'elle a mal pris. Elle est comme ça. Quand sa colère sera passée, elle reviendra la bouche en c½ur, comme d'habitude. »


Visiblement rassuré, Sebastian prend place là ou il y a quelques instants Cassandre siégeait encore, à côté de Laura. Un coup de téléphone fait s'éclipser Amy. Aurore termine sa tartine beurrée et prend elle aussi congé. Quand à Eloise et Padmée, elles décident de faire une promenade dans le parc, profitant de la douceur de l'aube et du calme.

Laura reste donc seule avec le jeune homme. Il la regarde. Il la regarde intensément. Comme jamais on ne l'a regardée. Elle ne connaît pas bien le regard des hommes, mais elle sait qu'elle n'y lit pas que de l'amitié. Il y a un feu dévorant au fond des brunelles sombres du jeune homme. D'une voix douce tout en faisant tremper son toast dans son café noir, il reprend :

-« Qu'ai-je donc manqué comme remontrance ?
-Des bêtises. Ne vous en faites pas. Elle n'est pas méchante. Elle.. se laisse souvent emporter... »
termine t'elle, la gorge sèche. Elle sent naître au fond d'elle quelque chose d'étrange. Une chaleur intense, et cette envie de le connaître, de l'apprendre, cet homme mystérieux qui la dévisage ouvertement.

-« La colère est un des péchés capitaux. Elle devrait se méfier. On ne sait jamais si le grand barbu décidait de la rappeler à lui...
-Elle saura s'en sortir, ne vous en faites pas. Elle est maligne comme un singe et pourrait bien se le mettre dans sa poche entre deux battements de cils et une blague. Et puis qui n'a rien à se reprocher...
-Et vous, Laura, qu'elle est votre péché
? »

Il s'est rapproché d'elle, tout doucement et a murmuré ses dernières parole d'une voix tentatrice. Il ne veut pas qu'elle prenne peur et s'enfuie. Sebastian cherche à se faire accepter d'elle. Maintenant qu'il peut presque la toucher le jeune homme sait qu'il a gagné. La jeune fille rosit, et pique du fard.
-« Je suis d'une gourmandise maladive... Il n'y a que moi pour arriver en cours à 9h et dire à 9h15 : »j'ai faim ! »
-Ah bon ? On ne dirait pas comme ça... »


Il détaille les courbes harmonieuses de son interlocutrice avec, disons le, gourmandise. Elle se sent gênée. Cet homme à l'art de déshabiller une femme du regard. Malgré la robe, Laura se sent nue et vulnérable. Il s'approche encore un peu d'elle. La jeune fille n'aime pas ça, mais l'interrompre lui semble insurmontable. Elle tente de masquer son trouble désignant la médaille qu'il porte autour de son cou :

-« Vous êtes croyant ?
-En quelque sorte oui, marmonne Sebastian.
-Jamais je n'ai vu pareil bijou.
»

Laura tend la main, admirative et curieuse. Il range le pendentif dans sa chemise en grognant, puis revient à elle. Elle frissonne au contact de ce souffle chaud sur sa nuque. Son sourire s'agrandit. Il affiche sa victoire. Le jeune homme sent les battements du c½ur de Laura s'accélérer à son approche, ses joues prendre une jolie teinte coquelicot, ses mains devenir moites et ses yeux, suppliant d'abréger ses souffrances, cette attente. Le fruit est mûr et il 'a qu'à le cueillir. Sebastian lui offre une pomme, vermeille. Elle y croque à pleine bouche, ne le quittant pas des yeux. Elle voudrait bien, mais les mystères de ces prunelles noires l'ont envoûtée. Il jubile.

Elle mord dans le fruit défendu, celui qui causa le péché originel, celui qui fait qu'elle enfante dans la douleur et que son époux doit se tuer à la tâche. Comme cette pauvre Eve....

Laura sent le jus dégouliner. Elle veut le rattraper d'un revers de la main. Mais, il l'a devancé. Avec une sensualité à fleur de peau, sa paume caresse la joue de la jeune femme. Elle songe :

-« Mon Dieu, ça y est. Il a sauté le pas ! »


Elle papillonne des cils et penche un peu la tête. Lui, ne la voyant pas se défendre, laisse courir ses doigts le long du nez fin, des pommettes rondes, des lèvres humides pour le baiser. Il susurre :

-« J'adore vous regarder manger. Vous avez un creux là, à la commissure des lèvres, le saviez vous ? »

L'étudiante hoche la tête. Elle attend la suite.

-« Comme c'est intéressant... On voit à travers vos os et vos muscles qui se contractent. Et vos lèvres, et bien, c'est comme un baiser très amoureux à qui il manque une bouche. »

Elle se sent défaillir. Elle oublie tout. Elle le veut à elle, pour elle, tout entier, maintenant et tout de suite. Elle oublie la nuit étrange, le manoir, les amies, les ombres furtives dans les couloirs, et cette lueur vacillante au fond des prunelles de Sebastian, qui lui donne tout son charme, mais aussi la sensation inconfortable qu'il lit dans votre âme comme dans un livre ouvert. Laura ne sait pas pourquoi mais elle en a autant peur qu'elle le désire. Les mains du jeune homme s'enhardissent. Son coeur s'affole. Elle veut céder, mais elle ne peut pas. Elle veut le repousser mais elle n'y parvient pas. Elle pense que quelque chose cloche dans tout ça. Un dernier rempart de lucidité. Comment tomber amoureuse d'un homme avec qui on a seulement échangé quelques mots, et qui la veille ne vous avait pas paru très clean, malgré sa gentillesse et ses attentions.

La jeune fille ne comprend pas ce qui lui arrive. Déjà, les bras se sont refermés sur elle, et l'attirent contre le c½ur de son hôte. La porte de l'entrée claque. Padmée et Eloise sont rentrées, appellent leurs amies à tue tête, leurs voix raisonnent sur les pierres, dans les corridors et les anciennes tapisseries. On dirait qu'elles sont partout alors qu'elle rient sur le seuil. Il sursaute. Il ne s'attendait pas à être dérangé. Son étreinte se desserre. Elle s'échappe, s'envole comme un oiseau de paradis. Laura recule de quelques pas, le souffle court. Elle veut quitter la pièce. Elle semble perdue et désorientée. Fuir. Oui. Mais elle a encore faim. Une faim insatiable. Elle s'empiffre, devant le regard moqueur du garçon qu'elle vient de repousser. Sarcastique Sebastian note :

-« C'est vrai, votre gourmandise est maladive Laura.
»

Il semble las, il se détourne d'elle, et sort de table, après s'être essuyer élégamment la bouche. A peine a-t-il passé le pas de la porte que la jeune femme reprend peu à peu contenance, retrouve ses esprits, se réappropriant son corps. Elle cesse de manger. Pire, un haut de c½ur la prend, et elle détale. Cassandre la regarde courir, septique. Amy arrive à sa hauteur et moqueuse déclare :

-« Elle a du abuser sur les viennoiseries. »

Le bruit de déglutition qui provient des toilettes confirme ses dires. Les deux filles font une grimace écoeurée. La Gourmandise s'échappe peu à peu d'elle au fur et à mesure que son estomac se contracte. Mais elles restent à proximité, au cas ou Laura soit vraiment malade et qu'il faille appeler un docteur. Quand elle ressort, elle s'écroule, épuisée. Les trois autres filles ont les ont rejoints et semblent inquiètes. Padmée qui vient de rentrer, le rose au joues à cause de l'air vif s'approche d'elle, pause sa petite main sur son front tiède et lui conseille de remonter se coucher.

-« On a vécu une nuit éprouvante. C'est normal que ton corps réagisse. » complète Aurore.

Eloise hoche la tête, elle est d'accord. Laura se contente d'esquisser un faible sourire. Oui, elle a vécu un moment éprouvant. Mais ce n'est pas la nuit qui l'a rendue ainsi.

Ce sont les grands yeux noirs de Sebastian.

# Posté le mercredi 18 juin 2008 15:28

Chapitre 3: Cassandre ou la Colère - Troisième Nuit

Chapitre 3: Cassandre ou la Colère - Troisième Nuit
Dans l'ambiance feutrée d'un boudoir, deux personnes encapuchonnées discutent à voix basse. Personne d'autre qu'eux ne pourraient distinguer la nature de leurs paroles. Mais le ton employé les trahi. Dur et froid. Quelque chose qui glace le sang. La voix de la plus grande est rauque et grave. A n'en pas douter, celle d'un homme. La seconde est plus douce, plus aiguë, plus lancinante aussi. Une femme.

L'air s'est glacé autour d'eux. La pendule à balancier s'est tue dès qu'ils sont entrés. Malgré la chaleur de la nuit d'été, les vitres des fenêtres sont couvertes de givre. Comme si le temps s'était suspendu. Fixé pour l'éternité. Et surtout, dépourvu de vie. La fille semble apeurée pourtant. Pas tant à cause de ces troublants événements. Ca non. Mais quelque chose d'autre la chagrine. Elle tempête :

-« Mais tu es donc fou, ma parole ! Tu es complètement stupide ! Grâce à toi, elles vont se douter de quelque chose et... »

Elle lève sa main, comme si elle voulait le frapper. Il ne bouge pas d'un cil. Au contraire, il lui saisit le poignet et le lui tord avec violence.

Tes jérémiades me donnent la migraine. Je sais ce que je fais. Ne t'en fais pas. » Réplique la voix caverneuse.

La femme le dévisage désormais. Il a osé lever la main sur elle. Il le lui paiera en temps et en heure. Quand tout ceci sera fini. L'ombre noire qui lui fait face reste stoïque malgré l'horreur de son apparence. La nuit, elle peut reprendre son apparence, qu'elle masque en journée. La douceur et le velouté de sa peau diurne sont devenus un masque sans expression avec des yeux acier et un rictus mauvais. La jeune femme pourtant est envoûtante. Tout être vivant aurait été saisi par l'effroi et par le désir. Mais lui, il n'était pas comme les autres.

Alors à quoi te sert toute cette mascarade ! » Glapit-elle en se dégageant avec violence.

Il la rattrape et l'attire à lui. Doucement, il la prend dans ses bras et dépose sur ses lèvres un baiser passionné. La jeune femme tente de se défendre un peu mais cède. Il est son amant depuis de nombreuses lunes déjà. Le jeune homme passe ses doigts dans ses cheveux et la soulève un peu pour l'adosser au mur. Elle répond de plus en plus à ses caresses et ses baisers. Elle devient elle-même plus entreprenante.

Elle gémit quand il pose sa main au creux de ses reins. Il sourit. Il aime bien quand elle réagit comme ça. Il lui fait écarter un peu ses cuisses. Pas trop, juste assez pour s'y glisser. Sa maîtresse le laisse faire, un sourire mutin aux lèvres. Il moule son corps au sien et c'est avec brutalité qu'il s'immisce en elle. Elle a un hoquet de surprise, puis se laisse envahir par le plaisir.

La jeune fille noue ses mains autour de son coups et se laisse bercer par son va et vient. Le souffle chaud de sa partenaire lui lèche le visage. Elle s'agrippe à son dos. Il dépose un baiser sur son coup, avec passion. Toujours en l'aimant, il répond à sa question.

-« Je devais trouver un moyen de te désigner celle qui rejoindra notre monde. »

Elle sent un liquide chaud en elle. Elle retient un cri. Elle mord ses lèvres jusqu'au sang, et glisse sa tête dans le creux de l'épaule de son amant. La jeune femme risquerait sinon de réveiller la maison toute entière. Lui sait se contenir. Il la regarde, goguenard et fier de lui. La Luxure est un péché qu'il affectionne particulièrement.

La femme reste alanguie entre ses bras. Puis elle reprend son air distant et se concentre sur un objet qu'elle n'avait pas remarqué auparavant. Sur un coussin de velours noir se trouvent alignés une boucle d'oreille, un solitaire, une chaussure, un pendentif, une étole de couleur et des sous vêtements... coquins. La main de son comparse se saisit d'un des objets et il le lui remit. Son regard flambait.

-« Celle là. »

Un rire mauvais résonne dans la pièce. Elle se saisit de la faux qu'elle avait posé quelques instants plus tôt avant de s'évanouir dans la nuit, avec des sons macabres.


Cassandre se réveille en sursaut. Elle tâtonne dans la nuit, pour se saisir de son portable et lire l'heure. 2 heures. Elle n'a éteint les lumières de sa chambre que quelques minutes auparavant. Les draps de lin l'enveloppent doucement et caressent sa peau. Elle a terriblement sommeil, mais le repos s'échappe d'elle. Tant et si bien qu'elle se lève. Dans ses moments de solitude, elle songe à Adrian, son amoureux aux cheveux cendrés et au regard doux et tendre. Son Adrian, enfin. Leur histoire d'amour était compliquée mais fonctionnait à merveille. Il la rendait heureuse.

Cassandre entendait déjà Laura claironner « c'est déjà ça ! » comme à l'accoutumée quand elle leur parlait de sa vie amoureuse. Eloise en profitait pour couler des regards pleins de sous entendus à Padmée quand ils n'étaient que tous les deux. D'ailleurs, la jeune fille, à l'instar d'Aurore préférait s'éclipser, mal à l'aise souvent devant ce bonheur trop éclatant, lui rappelant ses déboires sentimentaux du passé. Amy les couvaient des yeux, visiblement attendrie.

Cassandre pianote sur son portable un SMS pour son amoureux, sans vraiment y penser, machinalement. Elle songe à Sebastian, ses yeux, ses mains sur elle, ses baisers. Elle tente de chasser de son esprit ces idées saugrenues et déplacées. En vain. Plus elle essaye d'ignorer l'attirance qu'il lui procure, plus elle s'emmêle dans les mailles du filet de ses yeux noirs. Elle ferme le clapet de son téléphone avec mauvaise humeur. Elle est en colère contre elle-même. Elle se reproche le fait que Sebastian occupe, ces derniers temps, plus souvent ses pensées qu'Adrian. Ce type a juste réussi à l'ensorceler.

Amy le lui avait toujours dit. Si elle avait bien un défaut, c'était son caractère emporté. Depuis quelques jours, La Colère déferlait dans ses veines, comme le plus pur des poisons. Quand elle cherchait du réconfort, seule Laura répondait vraiment à l'appel. Les autres ne saisissaient pas véritablement ce qui mettait mal à l'aise leur amie. Comment l'auraient-elles pu ? Ce qu'elle leur cachait la révulsait rien qu'à l'idée alors leur en parler...

Padmée se contente de hocher la tête, de son air triste de fille qui ne veut plus croire en l'amour. Cassandre en avait le c½ur brisé de la voir ainsi. La moutarde lui monta au nez, car pendant qu'elle laissait son esprit vagabonder, elle fit tomber par inadvertance un bibelot de sa table de chevet.

Merde ! » grogne t'elle.

Elle ramasse l'objet et enfile à la va vite un sous pull. La jeune femme prend une lampe de poche et dégringole les escaliers. Elle va aller se détendre dans la salle de séjour et y attendre le sommeil. Cassandre pousse donc la porte et fait une grimace en l'entendant grincer. Puis elle est stoppée net par la stupeur.

Sebastian ? » s'étonne t'elle.
Cassandre ? » réplique t'il sur le même ton.

Il détaille son interlocutrice. Grande, fine et élancée, aux yeux noisette et à la tignasse pain d'épice. Les flammes du feu qu'il vient d'allumer les illuminent de reflets mordorés du plus bel effet. De toutes les filles, c'est elle qu'il trouve la plus belle, avec qui il paraît qu'il s'entend le mieux.

Encore debout à cette heure ?
-Je pourrais te renvoyer la pareille !
» dit elle, cassante.

C'est la seule avec Aurore qui le tutoie. Il en fait de même.

-« Je vois que ton doux caractère reste le même ; qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige. »ironise t'il.

Cassandre ne le quitte pas des yeux, suit chacun de ses mouvements avec avidité. Une grande sensualité émane de lui sans qu'il ne semble s'en rendre vraiment compte. Sebastian lui tourne le dos désormais. Elle peut voir les muscles saillir à travers le T-shirt blanc cassé, légèrement moulant. La jeune femme sent sa gorge devenir sèche, son pouls s'accélérer.

Le silence qui s'est imposé n'a rien de pesant. Il est naturel au contraire entre eux. Il dit ce qu'ils ne parviennent pas à exprimer. Quand Sebastian se retourne, il tient une queue de billard. Il lui en lance une et l'invite à faire une partie, d'un geste nonchalant mais amical. Seul ses yeux montrent qu'il lui lance un défi. Cap' ou Pas Cap' ?

-« Voyons si la pianiste sait aussi bien manier les boules que les touches...
-Tu serais étonné de l'étendue de mes compétences, si tu savais...
» glisse t'elle, poursuivant la joute verbale qui se met en place.

Elle « casse » le triangle, et la partie commence. Sebastian joue avec beaucoup de méticulosité et de concentration. La jeune fille adore le dévisager à la dérobée. Elle connaît presque toutes ses expressions par c½ur. C'est comme si Cassandre le connaissait depuis toujours. Sebastian lui parle de tout et de rien. Il semble en confiance, loin de cette image de papier glacé qu'il affiche le jour. Pour la première fois, il lui demande :

-« Crois tu en l'amour, Cassandre ? »

La jeune femme se trouble un peu et rougit. Se pourrait t'il qu'il ai lu au plus profond de son c½ur ?

-« Euh... oui. » bafouille t'elle, avant de compléter « Sans amour la vie serait triste... Et toi, qu'en penses tu ? »

Le Paf de deux boules qui s'entrechoquent répondent à la jeune fille. Sebastian n'a pas changé de position. Il est toujours penché sur la table de jeu. Il lève les yeux, et répond, soucieux.

Peut être. » Puis il part dans un rire moqueur.

C'est au tour de Cassandre. Elle vise. Une nouvelle fois, elle rate sa cible. La jeune fille perd, et la colère gagne du terrain. Son péché recommence à battre ses tempes. Sa mâchoire se crispe. Elle a une furieuse envie de tout casser. Elle n'aime pas perdre.

-« Ca ne va pas ? » s'inquiète son ami.
Bah non ça ne va pas ! » réplique t'elle avec dédain.
J'en ai assez, je vais me recoucher ! » continue la jeune femme avec acidité, rangeant avec un bruit mat sa queue, faisant des gestes secs.

C'est avec une douceur aux antipodes de son humeur que la main de Sebastian frôle la sienne. Elle se retourne vers lui. Son cerveau lui crie « ALERTE ROUGE ! DANGER ! » mais Cassandre ne sait plus où elle en est. Plus elle se rapproche du jeune homme, plus elle est irritable, mais monter et s'éloigner de lui lui paraît être une épreuve insurmontable. Ses sens sont de nouveau en alerte.

Il l'entraîne au centre de la pièce, enlace doucement sa taille fine et svelte et commence à la faire valser. Elle se prête au jeu, entre deux fous rires. Les yeux de Sebastian brillent d'une lueur étrange. Sans qu'elle ne s'en rendre compte, il l'a ramenée au point de départ, le billard. La jeune fille s'y assied dans un éclat de rire.

Pitié, un temps mort ! Nos pieds vont finir en bouillie si nous continuons ainsi ! tu auras ça sur ta conscience ! »

Il s'écarte un peu d'elle, l'enveloppe de son regard de feu. Sebastian revient avec un verre d'alcool. Elle reçoit le récipient en cristal et boit son contenu à petites gorgées. Sur le ton de la conversation, Cassandre tente de percer le mystère de Soleil Noir et de son charmant propriétaire.

-« Comment as-tu eu cette maison ?
-La famille.
-Et tu n'as jamais noté de choses étranges ?
-Si. »


Elle sent son c½ur se figer. Ca y est, il va lui dire ce qui se passe !

-« Enfant, je croyais aux histoires de fantômes. Or, des ombres faisaient penser à des spectres dans les couloirs, et le vent à des hurlements. Comme Aurore, cette maison me faisait frémir. Et puis j'ai grandi et appris à l'aimer telle qu'elle est. »

Cassandre est déçue mais tente de ne rien en laisser paraître. Elle s'est levée avec élégance et pose son verre sur une console avant de revenir vers lui, s'amusant avec une plume. Elle lui chatouille le cou. Sebastian se laisse prendre à ce jeu imprévu. Une certaine complicité s'instaure. Une lueur lancinante c'est allumée dans les yeux de Sebastian.

La jeune fille peut y lire du désir, mais aussi quelque chose qui lui est inconnue. La tête commence à lui tourner. Elle est désinhibée. L'alcool sans doute. Il la prend dans ses bras et la soulève doucement, comme si elle n'était rien de plus qu'une plume. Il l'installe confortablement sur le billard.. Elle sent le souffle chaud du jeune homme sur sa nuque, puis parcourant délicatement son corps tout entier. Ses sens se réveillent, appelant à la caresse. C'est à peine si elle s'offusque quand il pose ses mains sur elle.

Elles se promènes, expertes, sur les creux et les ronds de son corps de fille. Sebastian aime beaucoup les femmes. Le pouls de la jeune fille s'accélère quand, d'un geste précis et sûr, il dégrafe les boutons de ses vêtements. Cassandre voudrait l'arrêter, mais elle en est incapable. Il ponctue ses caresses de baisers tendres et brûlants sur son ventre. Et puis, la jeune femme frémit sous le délice d'une nouvelle sensation... Elle relève la tête curieuse. Sebastian sourit. Son regard l'embrase tout entière.

Une fleur de bougainvillier dans sa main, il la déshabille des yeux, puis, d'un air innocent, il reprend là ou il s'est arrêté. Cassandre soupire d'aise. Il fait glisser la fleur douce comme de la soie sur sa peau nue. La jeune fille se cambre un peu pour mieux s'offrir à lui. Sebastian est au dessus d'elle et s'amuse de l'émoi qu'une simple fleur peut créer sur sa partenaire. La sensualité de l'instant la fait s'alanguir. Le jeune homme est le maître de cette fille, qui découvre un des pans de l'amour grâce à lui. Durant de longs instants ils restent ainsi, enlacés, tous les deux. Cassandre se gorge de plaisir. Sebastian se rassasie de la voir si vulnérable.

Elle ne sait plus quoi faire. Son corps appelle celui du jeune homme. Elle papillonne des cils et s'enhardit. La jeune étudiante de droit prend la main du garçon, et commence à le guider sur son ventre, ses hanches... Mais elle a faim d'amour. Ces caresses d'adolescents ne la satisfont plus. Elle décide donc d'agir à sa manière désormais. Cassandre a eu le plaisir d'être prise, elle aura le plaisir de donner. Sebastian fronce les sourcils. Il n'avait pas prévu ça !

La jeune fille se lève et ramasse avec élégance ses vêtements, puis elle revient vers lui et dépose un baiser dans son cou. Son c½ur est sur le point d'exploser dans sa poitrine, son cerveau bouillonne. Elle sait que c'est mal. Qu'elle s'en voudra. Mais là, au diable les serments. Adrian est loin tout d'un coup. Sa chair appelle celle de Sebastian. Cassandre grimpe les escaliers, quatre à quatre. Son compagnon la suit, doucement, amusé par son enthousiasme.

Elle le guide pour l'amener à sa chambre. Dehors, l'aurore rosit le ciel. Le jeune homme ne peut réprimer une grimace.

-« Le soleil » gémit t'il.

Cassandre s'arrête net. Elle n'est pas sotte. Quelque chose ne va pas. Mais quoi ? Comme il ne poursuit pas son explication, elle reprend sa marche. Le sang bat ses tempes douloureusement. Ils sont presque arrivés. Quelques mètres et... Elle se sent retenue. Sebastian a arrêté de la suivre. Il regarde le long corridor, décoré de glaces. Son expression est tendue, son corps figé. La jeune femme a peur tout d'un coup. Elle se rapproche de lui pour le prendre dans ses bras. Son ami se dégage de son étreinte avec violence.

-« Laisse-moi. »

La jeune fille l'observe faire, désemparée. Chacun des mouvements de Sebastian lui poignarde le c½ur. D'une petite voix, elle murmure, les larmes commençant à baigner ses yeux :

-« Qu'est ce que tu as ?
-Je ne vais pas plus loin.
»

Elle regarde le corridor désert, comme si elle craignait d'y découvrir un monstre. Mais il est obstinément calme et vide.

-« Regarde, il n'y a rien. Juste toi et moi... » reprend t'elle, câline.
-« Je ne bouge pas d'ici, c'est clair ? » réplique t'il, d'un ton sans appel.
Allez vous coucher » termine t'il avant de tourner les talons, utilisant le vouvoiement pour instaurer de nouveau une distance entre eux.

Cassandre l'observe partir et reste muette de stupeur. Puis elle se précipite dans sa chambre et s'écroule sur son lit. Des larmes amères roulent sur ses joues. Un flot de sentiments contraires la submerge. La jeune femme a honte. Honte d'elle-même. Elle a oublié Adrian, son bel Adrian. Elle l'oubliera encore, elle le sait, dès qu'elle reverra Sebastian. Certes, elle est blessée d'avoir essuyé un refus de la part du jeune homme. Rien qu'en y repensant, la jeune fille étouffe ses larmes dans son oreiller. Elle reste ainsi prostrée, longtemps, laissant ses pleurs couler sur ses joues. Pleurer lui fait du bien.

Il a sans doute joué avec elle, avec ses sentiments. Elle lui en veut, mais ne parvient pas à le haïr. Quelque chose qu'elle ne comprend pas la lie à ce mystérieux garçon. Elle voudrait parler à quelqu'un. Apaiser sa conscience. Mais qui pourrait comprendre ? Cassandre se dégoûte, elle se sent minable et méprisable. Elle aurait offert son âme au diable pour succomber à la tentation dans les bras de Sebastian.

Dans un dernier soubresaut, La Colère s'empare à nouveau de son esprit. La jeune fille ne parvient plus à se contrôler, et dévaste ainsi sa chambre. Elle brise les bibelots, renverses les meubles et les lampes, balaie ses objets personnels qu'elle avait méticuleusement ordonnés à son arrivée. Quand sa colère fut épanchée, elle resta au milieu de ce capharnaüm, perdu dans ses pensées.

A terre, une photo d'elle et d'Adrian, le jour de la proclamation des résultats du BAC. Il la serrait fort contre son c½ur, et si quelqu'un qui ne les connaissaient pas voyait cette photo, il y lirait toute la joie et toute la complicité de ces deux là. Un joli couple, épanouit et bêtement, stupidement heureux. Sa culpabilité la rongeait de l'intérieur. Cette pièce, jonchée d'objets brisés, désordonnée, mais pourtant toujours calme et sereine était l'exacte réplique de son c½ur. Elle embrassa la photographie, et les larmes se remirent à couler sur ses joues.

Alors seulement, elle trouva la paix.

# Posté le mercredi 25 juin 2008 09:13

Chapitre 4: Eloise ou la Paresse - Quatrième Jour

Chapitre 4: Eloise ou la Paresse - Quatrième Jour
Cela fait bientôt –ce matin en fait- quatre jours qu'elles sont à Soleil Noir. Eloise observe, rêveuse, le plafond. Elle se sent fatiguée, vraiment. Fatiguée des autres, fatiguée de leurs piaillements ridicules pour séduire Sebastian. Il est charmant, il est jeune, il a du talent, il est passionné. Oui, il a tout de l'homme parfait. Peut être l'est- il un peu trop d'ailleurs.

Mais ce qui la chagrine c'est cette compétition, invisible, qui les sépare toutes les 6 désormais. Leur amitié a une faille, et c'est le bel homme qui leur sert d'hôte. Eloise a l'esprit aventureux et libre. Elle répète à qui veut l'entendre qu'elle ne se mariera sûrement pas, car elle trouve qu'un bout de papier ne sert à rien quand on s'aime. Elle ne veut pas d'enfants non plus. Enfin, elle sait qu'elle en aura quand même, mais dans ce cas, pas avant les 27 ans révolus.

C'était une excellent élève au lycée. L'année prochaine, elle quittera Paris et sa banlieue pour s'installer à Grenoble, afin d'y poursuivre ses études, à L'institut de Sciences Politiques. Mais pour le moment, elle lézarde sous la couette et profite d'un de ses rares moments de solitudes et de quiétude. La tête enfouie dans un monticule de coussins, elle soupire d'aise. Elle tâtonne, cherchant son ipod. Elle se le visse sur les oreilles, choisit une chanson. Un Giorno Per Noi. Elle se détend et s'enfonce un peu plus sous la couette. Elle adore la musique, elle ne conçoit pas la vie sans. C'est son oxygène. Sans elle, Eloise s'étiole. N'a-t-elle pas d'ailleurs un disque dur rempli de musique à la maison ?

Elle ferme les yeux et se laisse envelopper d'une douce torpeur. Elle imagine le beau Sebastian. Pour la première fois, elle sont toutes les six d'accord : il est terriblement séduisant. Sans faire une seul geste pour elle particulièrement, sans un mot doux et sans un regard éloquent, il a éveillé en elle des appétits que son corps de fille faisait sommeiller. Devant Sebastian, la jeune fille à l'esprit vif s'emmêle les pinceaux, bafouille, rougit.

La première chose qu'elle regarde chez un garçon, là ou ses amies reluquent les fesses ou le torse, se sont les yeux. C'est le reflet de l'âme. Ceux de Sebastian brûlent comme un ange en enfer. Ils sont noirs et profonds. Elle voudrait s'y perdre, le découvrir. Mais les trois jours passés, il s'était plus occupé à courtiser Aurore, Laura et Cassandre. Les rares moments ou elle avait été en sa compagnie, elle avait pu noter qu'il était très cultivé, passionné par les arts et l'histoire...

Celles qui avaient le plus de verves, Cassandre et Padmée animaient les débats. Amy souriait, et prenait de plus en plus part à la conversation, relatant ses voyages, au Kenya notamment, ou elle avait rencontré une tribu Massaï. Sebastian les regardaient intensément, riant de leur jeux de mots, frissonnant avec elles au souvenirs de leurs frayeurs d'enfants. Aurore les observait, malicieuse.

Eloise avait saisit de nombreux regards entre elle et le jeune homme. Leur vieille amitié sans doute. Après tout, leur famille se connaissaient depuis longtemps. Mais dans les yeux sombres d'Aurore luisait quelque chose qu'Eloise ne parvenait pas vraiment à s'expliquer. De la compassion pour ses amies et de la méfiance envers Sebastian. Une certaine animosité aussi. Il jouait avec elles, et cela devait déplaire à la jolie brune.

La veille, elle avait confié, au coin du feu, qu'elle le trouvait profondément changé. Elle, Eloise, lisait et écoutait les discussions sans y prendre part. Comment briller quand trois dindes, pas si nouilles que ça d'ailleurs, se dandinent et rivalisent d'humour, d'intelligence et d'esprit devant un garçon ? Laura chantait toujours, et leur hôte se montrait courtois envers elle, applaudissant à pleines paumes à chaque fin de ce mini récital.

Quelqu'un toqua la porte. Eloise ouvrit un ½il, en grognant. Pourquoi le sort s'acharnait t'il sur elle ? A chaque fois qu'elle commençait un beau rêve il fallait que quelqu'un le brise ! Elle voulait glisser dans ce cocon qu'elle venait de se fabriquer, ou les yeux de Sebastian ne regarderaient qu'elle, qu'il n'aimerait qu'elle, et que pour une fois, se serait lui qui serait hypnotisé. La frimousse réjouie de Padmée apparu.

Eloise l'invita à rentrer, à contre c½ur pourtant. Les deux filles avaient tissé une relation privilégiées. Des liens forts unissaient les 6 filles mais des alliances naturelles existaient. Aurore était la confidente d'Amy, qui adorait Cassandre, qui aimait rire avec Laura, qui partageait sa passion pour la musique avec Eloise, qui rêvait avec Padmée... Les deux filles étaient amies avant de rencontrer les 4 autres, et leurs liens puissants avaient perdurés. Padmée s'assit sur le rebord du lit :

-« Debout Eloise, il est tard ! »

La jeune fille se retourne et lui fait face. Elle a un teint de poupée de porcelaine, elle semble fragile et sage à la voir, mais c'est un volcan qui sommeille en elle. Ses cheveux sont sombres et bouclés, qui retombent en boucles rebelles sur ses épaules fines. Ses yeux sont changeants, entre le marron et le vert. Eloise cherche ses lunettes, regarde l'heure. Midi.

« Feignasse » se moque son amie.
Enfin levée » rit Amy avant de rejoindre les filles.
« La journée risque d'être dure... » ajoute Laura. Cassandre pouffe et dit :
Je ne sais pas pourquoi, mais je lis dans le marc de café ce matin, et je peux prédire l'avenir...
-Ah bon ? Dis !
» réplique Amy, entrant dans le jeu. Cassandre fait comme si elle lisait dans sa tasse, en bougeant des bras et murmurant du charabia. Les filles pouffent.
-« Je vois, je vois... Une descente de lit sportive ! »

Les 4 amies prennent le matelas, et le font se renverser. Eloise, dans un mouvement ridicule, digne d'un clown, se retrouve par terre, les fesses en l'air. Elles l'entourent toutes. La bonne humeur est de retour. Laura aide la jeune fille à se relever. Aurore entre à cet instant. Elle reste étonnée sur le seuil de la porte.

Vous auriez quand même pu la laisser se lever, ironise t'elle, elle ne va pas s'envoler !
-Non, mais elle risque de se rendormir !
» la taquine Cassandre.

Bon gré mal gré, Eloise fait bonne figure et leur sourit, en se levant. Une holà reçoit l'exploit et les 6 jeunes filles éclatent d'un rire clair. D'un geste vif, Eloise se saisit d'un oreiller, et le lance sur Amy. La bataille est engagée ! Des gloussements et des plumes émanent de la chambre et inondent la maison de joie de vivre. Elles jouent et s'amusent comme des gamines. Mais ne le sont elles pas encore un peu ?

Une nouvelle tête vient passer l'embrasure de la porte. La voix caverneuse et posée de Sebastian ramène l'ordre et le calme. Elle le regardent toutes, penaudes. Padmée est la première à s'effacer, sans un mot, fixant obstinément le parquet. Aurore regarde Eloise et Sebastian, intensément, un sourire joyeux aux lèvres. Elle fait un clin d'½il de connivence à son amie et quitte la pièce avec précipitation. Amy glisse à l'oreille d'Eloise :

Profites en bien, il est tout à toi ma belle. Un oiseau rare celui là... »

Elle sort, à son tour. Laura et Cassandre observent la scène, embarrassées. Chacue cherche un prétexte pour s'éclipser. Elles sont mal à l'aise. Chacune a vécu avec Sebastian des instants intenses et intimes. Il leur désigne la sortie d'un signe de tête. Sans comprendre ce qui leur arrive, elle se voient partir. Laura sort pour prendre l'air. Une nouvelle nausée s'est emparée d'elle. Cassandre elle, décide de s'isoler, pour calmer ses ressentiments et cette colère sourde qui bouillonne en elle et bat ses tempes.

Eloise est en débardeur et en boxer, ses habits de nuit. Ses cheveux sont défaits et quelques plumes de oreillers y sont accrochés. Elle souffle un grand coup, et elle le observe virevolter autour d'elle. Elle rougit alors devant le jeune homme, et s'excuse pour sa mise.

Vous êtes très bien comme ça. » la rassure t'il, appuyant ses dires pas un sourire ravageur.

Eloise n'est pas pudique par nature. Juste ce qu'il faut. Elle n'est pas embarrassée pour se changer devant ses amies, pour aller en sport, mais être en sous vêtements devant un garçon, c'est une autre affaire...

Pouvez vous vous retourner s'il vous plait ?
-Pourquoi ?
» réplique t'il faussement naïf.

Elle pince les lèvres. Le jeune homme s'exécute. Il se retourne, face au miroir. Elle enfile à toute vitesse un vieux jean et un T-shirt rouge ou quelques boutons multicolores parsèment l'épaule. Lui la détaille du regard, à travers la glace, apprend les courbes de ce corps blanc, qui frémit à cause d'un courant d'air. Avec fierté elle reprend.

Là, vous pouvez vous retourner, désormais. »

Sebastian sait que la jeune fille est persuadée d'avoir protégé son honneur, qu'il n'a rien vu. Peine perdue. La situation cocasse le fait rire. Eloise le dévisage. Il s'en sort par une pirouette.
-« Il semblerait que mon lit soit à votre convenance.
-Je n'ai jamais aussi bien dormi de ma vie. Je pourrai y passer mes journées. On dirait... comment dire.. qu'il a été fait pour moi... Il se moule parfaitement à mon corps »
termine t'elle suggestive.

Elle se mord les lèvres, étonnée de son manque de pudeur et du sous entendu qu'elle vient de faire. Le sourire de Sebastian s'élargit un peu plus encore. Il s'assoit sur le matelas, et tapote un peu la couette, invitant la jeune fille à le rejoindre. Eloise est comme magnétisée. Elle prend cependant tout son temps pour arriver à sa hauteur. Il a les jambes un peu écartées, une mine triomphante. On dirait un général qui vient de gagner une bataille décisive. Le jeune homme la jauge de toute sa hauteur. Le pouls reste régulier, elle est maîtresse de ses émotions. Eloise se glisse vers lui et lui fait face, les bras tranquillement croisés sur sa poitrine.

Que voulez vous de moi ?
-Moi ? Rien !
» rit il.

Elle sait qu'il ment. Pourtant elle veut le croire. Elle repose avec flegme et patience sa question. Une lueur lancinante au creux des prunelles du jeune homme s'est embrasée, et la fait s'alanguir. Il passe ses mains autour de sa taille et l'attire à lui. Elle émet un mouvement de recul. Il la serre plus fort. Eloise sent son c½ur s'emballer, elle a chaud et elle tremble. Sebastian a posé sa tête sur son abdomen. Elle la lui prend dans ses mains, et passe avec tendresse ses doigts dans ses cheveux, la mine réjouie. La jeune fille n'osait espérer un tel moment d'intimité entre eux. La mollesse gagne du terrain. Sebastian profite de cet instant d'abandon pour la faire basculer sur le lit, en douceur.

Eloise s'alanguit un peu plus, papillonne des cils et se love contre le torse du jeune homme, inspirant sa bonne odeur. Il la laisse faire, prenant plaisir à la voir s'enhardir. Il serre les petits doigts dans les siens. Eloise soupire d'aise. Elle voudrait que le temps d'arrête. Rester ainsi, pour l'éternité, au creux des bras puissants de Sebastian. Elle sourit, mutine. Elle avait confié à ses amies, quelques jours auparavant :

Avec lui c'est ce qu'il veut, ou il veut, quand il veut ! »La boutade devenait réalité.

Le jeune homme cherchait un moyen de poursuivre plus avant leur étreinte. Savoir quel goût elle a. Il s'écarte un peu d'elle. Elle soupire et ronronne. Eloise est presque assoupie, les traits détendus, et un joli sourire illumine son visage. Il touche doucement les lèvres rosées et humides pour le baiser. La jeune fille ne bouge plus. Elle ose à peine respirer, de peur de briser le charme. Elle le regarde intensément. C'est comme si ce qu'il se passait entre eux était naturel.

Elle le voit rapprocher doucement son visage du sien. Par instinct, elle rejette le sien en arrière, se cambre un peu, pour mieux épouser le corps du garçon. Sebastian sourit toujours. Elle a fermé les yeux. Il n'a plus à jouer. Une mine froide et calculatrice glace ses traits. Il fait peur. Il dépose avec méthode un baiser sur la bouche de la jeune femme. Eloise sent une chaleur intense la parcourir. Sebastian fouille sa bouche, avec passion croit elle. Un froid glacial soudain. Comme si on lui enlevait une partie de son âme, comme si elle allait mourir. Elle recule et rompt le baiser, brutalement. Quand elle rouvre les yeux, sa mine est affolée. Elle porte la main à sa gorge, respire fort. Sebastian reprend son manège, pour rester au dessus de tout soupçon.

Eloise, qu'y a t'il ?
-Je...
» commence t'elle.

Mais que dire de plus. Elle ferme la bouche, baisse les yeux et murmure, embarrassée :

-« Rien. Rien du tout. »

Elle se rallonge contre son torse, se serre un peu contre lui et laisse filer l'air de ses poumons. Son c½ur se calme, doucement. La main de la jeune fille repose sur la poitrine de Sebastian. Elle est glacée, elle aussi.

« Oh ! » fait elle en la retirant.

Lui l'observe, toujours avec une folle intensité. Ses yeux calmes reflètent comme toujours des flammes invisibles.

-« J'ai toujours eu un espace froid ici. » se contente t'il d'expliquer en haussant les épaules.

Eloise se bat contre la Paresse qui recommence à l'envahir. Elle reste perplexe. Le téléphone sonne. La voix de Cassandre raisonne dans le manoir.

-« Sebastian c'est pour vous ! »

Le jeune homme quitte la couche et répond :

-« J'arrive, dites de patienter. »

Il passe le pas de la porte en lançant un dernier regard ténébreux à Eloise. La jeune fille opine du chef et se lève, doucement. La Paresse la quitte, enfin. Elle veut comprendre ce qu'il vient de se produire entre Sebastian et elle.
Amy, la benjamine du groupe, rentre dans la chambre, un sourire malicieux aux lèvres. Elle se doute de ce qui vient de se produire. Qui pourra donc ne pas succomber aux charmes du beau jeune homme ?

Seules Padmée et elle sont restées de marbre face à ses avances. Eloise s'est fait prendre au piège de la lueur infernale qui danse dans les prunelles de leur hôte. Amy sait aussi que c'est fini entre son amie et lui, avant même que quelque chose n'ai commencé entre eux. Comme avec Aurore, Laura et Cassandre. Elle prend un ton enjoué et lance :

-« Tu viens, on va pique niquer !
-Oui. Je cherche mon sac et je descends.
»

Amy dépose un baiser sur la joue de son amie et s'efface comme un ange, dans un éclat de rire clair et enfantin.

Pendant qu'Eloise jette dans son sac à dos Eastpack bleu foncé crèmes solaires, jeux de cartes appareil photos et MP3, elle ne peut oublier ce froid intense durant le baiser qu'elle a échangé avec Sebastian, ainsi que sa peau glacée. Elle passe son doigt sur ses lèvres et réfléchi. La peur a remplacé le désir de lui. Pourtant quelque chose d'invisible la pousse vers ce jeune homme, indépendamment de sa volonté. Il faut qu'elle reste sur ses gardes. Par précaution.

Plus elle se repasse la scène, plus elle est certaine que quelque chose avait cloché sous ses doigts.
« Oui c'est ça » chuchote t'elle, presque abasourdie par sa découverte.

A aucun moment elle n'avait sentit le pouls de Sebastian.

# Posté le samedi 12 juillet 2008 07:45

Modifié le vendredi 19 septembre 2008 11:53