L'après midi vient tout juste de commencer. C'est un bel après midi d'été, chaud et ensoleillé. Padmée déclame son texte de théâtre avec emphase, gesticulant dans tous les sens, écoutant son public, et provoque des fous rires à répétition. Elle joue, elle vit sa passion et elle a oublié le reste. Les événements étranges, Sebastian. Tout.
Aurore la fixe, et ne peut détacher son regard d'elle. Son amie l'a magnétisée, envoûtée. Padmée semble transformée, une autre femme, plus belle, plus attrayante. Amy, autre apprentie comédienne écoute attentivement et apprend aussi. La jeune fille qui joue devant elle a suivi l'option d'art dramatique au BAC, et a donc suivi de nombreux cours. C'est la première fois que la jolie rousse voit son amie jouer. Elle doit avouer qu'elle est bluffée. Elle se doutait que ça ne serait pas mauvais, mais ne pensait pas que ça puisse être bon. Vraiment très bon.
Laura, Cassandre et Eloise n'écoutent plus, et ce, depuis pas mal de temps. Leurs regards passent de Padmée à Sebastian. Il ne la quitte plus des yeux, comme s'il découvrait cette fille, alors qu'il a côtoie depuis quelques jours déjà. Elles l'ont d'ailleurs entendu murmurer :
-« Un diamant brut sous des guenilles... tssss ! »
La mine du jeune homme reste concentrée et sérieuse, on dirait qu'il boit les paroles de leur amie. Celle-ci a bien remarqué de Sebastian la regarde d'une façon qu'elle ne lui connaissait pas. Mais elle n'en a cure. Elle ne lui accorde que de vagues regards, distants et complaisants. Comme si elle était intouchable.
Padmée termine dans un rire clair et salue en multipliants les pitreries. Elle adresse un sourire mutin au garçon. Un de ses sourires qui veulent dire :
-« Essayes de m'attraper... Si tu t'en crois capable ! »
Sebastian l'observe avec flegme et calme. Il a tout son temps. Et aucune femme ne lui résiste. Jamais. Une nouvelle partie s'engage.
Eloise a un pincement au c½ur. Elle se doutait bien que Sebastian continuerai de papillonner, mais elle ne pensais pas qu'un jour elle devrait entrer en concurrence avec une de ses meilleures amies, qui elle ne demandait rien. Padmée n'appréciait pas tellement la présence des hommes... Elle avait vécu trop de déboires sentimentaux, et avait fermé son c½ur pour ne plus souffrir.
A chaque fois qu'on reparlait de ses anciens amoureux, elle tournait la tête, embarrassée et triste. Alors, elle avait décidé, après une nouvelle désillusion qu'elle ne chercherait dans la compagnie d'un garçon qu'amusement et discussions passionnées. Du moins jusqu'à ce qu'elle ai terminer de panser ses blessures.
Cassandre, quand à elle, trouvait qu'ils étaient bien mal assortis. Trop de fougue en elle, trop de calculs pour lui. Laura n'avait pas pu s'empêcher de lui glisser que c'était parce qu'il lui avait fait oublier Adrian qu'elle était si sarcastique. D'ailleurs, Padmée semblait prendre ses tentatives de séduction comme un jeu ou elle allait le mener du bout du nez. Mais la jeune fille ne savait pas dans quoi elle s'engageait. Aucune de ses amies ne lui avait confié le danger qu'il y avait pour un c½ur de croiser le regard noir de Sebastian.
Amy se leva, pour couper court aux rires étouffés des trois filles.
-« Si nous allions nous baigner au lac ? » propose t'elle.
Padmée hoche la tête en souriant. La chaleur est étouffante. Oui nager leur fera du bien et leur apportera un peu de fraîcheur. Elle se lève avec fierté et rejoint son amie. Les autres les rejoignent, de bonne humeur.
Sebastian est resté un peu en retrait, puis les rattrape. Arrivé à la hauteur de Padmée, il lui prend le bras, doucement, et la fait se tourner vers lui. Il la fixe avec intensité. La jeune fille jette un coup d'½il alentour. Par réflexe, les autres ont augmenté l'allure afin de les laisser seuls à seuls. Aurore est restée au manoir. De la fenêtre de sa chambre elle observe ce jeune couple, et contrairement à Cassandre les trouve divinement bien assortis. Mais elle pourrait parier que pour Sebastian les femmes ne sont que des passes temps. Padmée n'en sera qu'une de plus et puis c'est tout. Et au final, elles devront l'aider à ramasser son c½ur en miettes. Elle soupira contrariée, et s'allongea sur son lit pour réfléchir et se reposer un peu.
Padmée n'aime pas que Sebastian la dévisage avec cet aire énigmatique qu'elle connaît bien désormais.
-« Que voulez vous ?
-J'ai déjà entendu ça quelque part... » rit le jeune homme, en pensant à la question d'Eloise, la veille. La réponse claque, acide ;
-« Peut être est ce parce que dès que l'on est à vos côtés, quand on vous parle, que sais je encore, on à l'impression d'être un objet. Mais je ne suis pas un objet. Pas fille à céder comme ça, au premier bellâtre ! »
La mine de Sebastian, au lieu de s'assombrir sous l'affront devient encore plus joyeuse.
-« L'Orgueil est un bien vilain défaut, Padmée...
-C'est aussi un péché capital, merci, je sais. » conclut t'elle avec humeur.
Elle veut s'éloigner de lui, vite. S'éloigner pour éviter de faire une bêtise. Ce garçon, comme pour ses amies, la révulse autant qu'il l'attire. La jeune fille sait que Sebastian n'est pas net et qu'il s'enveloppe de mystères. Qu'il a des choses à cacher aussi. C'est ce qui le rend si séduisant et si attrayant pour elle. Et puis ses grands yeux noirs ont fait chavirer son c½ur dès le premier regard qu'il a posé sur elle.
-« Un jour quelqu'un m'a dit de ne pas prendre garde à celui qui attaquait. Il ne fait en fait que se défendre... » raconte Sebastian, d'une voix apaisante et grave, avant de reprendre :
« Mais vous Padmée, que diable défendez vous ? »
La jeune fille se sent rougir. Elle ne sait pas trop quoi répondre. Le garçon jubile. « Touché ! ». Cet air de victoire, fugace certes, n'est pourtant pas passé inaperçu. L'Orgueil renvient au galop. Une gifle magistrale l'accompagne, et s'écrase sur la joue du jeune homme. Padmée ponctue son geste par un :
-« ça fait du bien ! »
Puis elle reprend son souffle et continue, énervée :
-« Je me défends de m'abaisser comme vous voudriez que je le fasse !
-Et qu'est ce qui vous fait penser ça ?
-Pas avec moi l'air innocent, ça ne prend pas !» reprit la jeune fille, élevant un peu plus le ton. Il s'était un peu rapproché d'elle. Padmée pouvait sentir son souffle chaud lui lécher le visage, ainsi que son odeur de chocolat ? Elle continua, un peu radoucie :
-« Je ne suis pas née de la dernière pluie. Je ne suis tombée amoureuse que de sales types. Je sais donc voir dans certains jeux...
-Quelle haute estime de vous-même, quelle arrogance ! » ironise Sebastian.
« Si tu savais tout de moi, tu aurais déjà fui trésor... » ne peut il s'empêcher de penser.
Elle s'est écartée de lui et se dirige vers le lac. Il ne s'avoue pourtant pas vaincu, lui saisit les épaules et la retourne brusquement. Padmée tend ses muscles, prête à cracher son venin. Il soupire, presque amusé de ne pas parvenir à la faire céder. Elle, de son côté, l'observe et le trouve beau. Un vrai prince charmant. Le genre d'homme tout du moins, qu'elle rêverait d'épouser, comme ses amies d'ailleurs. Mais comment a-t-il pu l'envoûter, en quelques paroles et sourires en coins, ça elle ne le sait pas. Elle ne le comprend pas.
Pour le moment, Sebastian est là, à côté d'elle, et il serra sa main dans la sienne, les yeux brillants. Cette étrange lueur, d'une infinie douceur, est comme un feu qui s'embrase peu à peu en elle. Padmée c'est un peu débattue au début, plus pour la forme que pour s'échapper vraiment. Maintenant, elle abandonne. Son c½ur bat à tout rompre, comme s'il allait exploser dans sa poitrine.
Le jeune homme observe sa compagne, si fière et impétueuse. Des cheveux châtains qui encadrent le visage ovale et tombent élégamment dans son dos, que le soleil fait briller, leur donnant un joli ton cuivré, qui fait ressortir de grands yeux verts malins et rieurs. Elle ne porte pas, pour la première fois qu'il la voit, ses lunettes. Aujourd'hui, étrangement, c'est la première fois aussi qu'il trouve qu'elle ne manque pas de charmes.
Des clapotis et des rires rompent la magie du moment.
-« On devrait aller les retrouver. » murmure t'elle, rougissante.
Ils sont arrivés. Padmée observe l'eau miroiter sous le soleil, avec envie. Sa proximité avec Sebastian a embrasé son être, et elle meurt de chaud. Sans prendre la peine d'enlever son bustier bleu et son pantalon de lin, elle plonge dans la mare, en criant.
Le jeune homme la rejoint quelques instants plus tard. Il lit dans les prunelles de la jeune fille de la convoitise et du désir. Il est torse nu, et les n½uds de ses muscles saillent. « Vraiment il est bien fichu. » songe t'elle. Cependant, sa fierté l'emporte toujours, et le reste de sa personne n'affiche pas le moins du monde le trouble qui s'est immiscé en elle.
Sebastian nage doucement vers sa proie, sûr de lui et de sa plastique. Il enserre la taille svelte de la jeune femme, la presse contre son c½ur. Padmée émet un hoquet de surprise, le regarde hébété. Puis elle sourit. Il trouve qu'elle rayonne. Maintenant elle est fière d'être dans ses bras, et assouvit ainsi son orgueil. Le garçon lui aussi est imbu de sa personne.
-« Comme il est aisé d'emmener les gens exactement là ou l'on veut qu'ils aillent »
Sebastian sent le corps de la jeune femme se raidir, son bassin commençant doucement à s'arquer. Elle pose sa joue contre le torse du jeune homme. Son c½ur s'emballe un peu plus quand les mains de Sebastian parcoururent le bas de son dos. L'espace d'un instant, elle a peur. Peur d'aller trop vite, peur de l'irrémédiable qui risque de se produire entre eux. Le jeune homme, lui, effectue des gestes tendres et précis. Enfin c'est ce qu'elle croit. En réalité, pour Sebastian, tout ceci n'est qu'une mascarade, une mécanique bien huilée pour parvenir à ses fins. Rien de plus. Rien de moins.
Les jeux de Cassandre, Laura, Amy et Eloise parviennent aux oreilles de Padmée, mais très lointain, presque assourdis, alors que Sebastian et elle ne sont qu'a une dizaine de mètres, masqués par des plantes aquatiques qui accueillent leurs étreintes. Elle ferme de nouveau les yeux quand il se penche sur elle et que ses lèvres lui frôlent le cou. Un frisson la saisit et l'électrise assez pour qu' elle ose croiser ses mains sur la nuque de Sebastian et caresser ses courts cheveux noirs.
Le jeune homme note qu'elle se calme peu à peu, qu'elle s'apaise. Il pose son front sur celui de la jeune fille. Puis, avec précaution, il vaut saisir ses lèvres. Un dernier soubresaut d'Orgueil fait réagir Padmée, qui se défile et glisse entre ses doigts. Avec un sourire gêné, devant l'air étonné de Sebastian, elle explique :
-« Je ne peux pas... Je crois que vous êtes quelqu'un qui aime papillonner de femmes en femmes, de c½urs en c½urs. Je... je ne veux plus souffrir.
-A quelles conditions pourriez vous être mienne ?
-Faites de moi votre reine ! » se moque gentiment Padmée, avant de nager ver la berge.
Elle jette un dernier regard à Sebastian qui ne bouge pas. Sur son omoplate, un tatouage. Une étoile à cinq branches entourée d'un cercle. Elle sort de l'eau, rebrousse chemin. La jeune femme est soucieuse. Pourquoi donc son orgueil est il attisé auprès de ce jeune homme ?Sebastian de son côté, frappe violemment l'onde. Il est dépité :
-« Echouer si prêt du but ! »Il est mécontent. Il en veut à sa nature. Le jeune homme a conscience que sa présence exacerbe les défauts et péchés des hommes. C'est L'Orgueil de Padmée qui l'a sauvée. Et qui l'a perdu lui. Il se retourne et tente d'afficher une bonne figure à ses autres convives. Malheureusement pour lui, elles sont déjà, elles aussi, sorties, courant après leur amie.
Leurs questions, pressantes et souvent déplacées la gênent. Pourtant, elle a fait de même avec elles, par le passé. La jeune fille ne sait que répondre car elle connaît l'attrait que Sebastian produit chez chacune d'entre elles. Elle monte se changer et se précipite ensuite dans la bibliothèque. Aurore s'y trouve déjà, ainsi que les quatre filles.
-« Alors, la baignade ? »
Laura pouffe. Amy sourit, narquoise. Eloise lève la tête de son ouvrage. Cassandre cesse de jouer du piano.
-« Elles ne t'ont pas raconté ? » s'étonne faussement Padmée.
-« Sebastian a toujours été ainsi, c'est dans sa nature tu sais...
-Je sais. » se contente de répondre la jeune femme.
Elle se saisit de l'échelle de bibliothèque, gravit plusieurs barreaux, se saisit d'un vieux livre relié de cuir rouge, s'installe à une table et commence à le parcourir, négligemment. Sebastian te trouve à la galerie et les observe toutes les six. Un calme et une volupté immense émanent des filles. Comme une communion. Une confiance infinie aussi entre elles. L'équilibre des adultes et l'insouciance des enfants, le tout conjugué. En les détaillant, à la dérobée, il songe à ce qu'il lui reste encore à accomplir, les yeux dans le vague, l'esprit occupé par l'une de ses jolies invitées.
-« Mais pourquoi, par l'enfer, quand elle danse, insolente, ses yeux de feu m'embrasent et me hantent ? Quelle brûlure, quelle torture, les flammes de sa chevelure flétrissent mon corps d'obscènes meurtrissures. »
Amy relève la tête et croise le regard de Sebastian. Aurore fronce les sourcils. Elle ne comprend vraiment pas ce qu'il se passe dans la tête de son vieil ami. Il lui jette un clin d'½il plein de malice et retrouve son air affable et enjoué. Il entre de nouveau dans la peau de son personnage de gentleman.
-« C'est mieux.. » songe la brunette.
Il descend les escaliers doucement. Cassandre avait recommencé à jouer et une musique douce et mélancolique inondait la pièce. La future étudiante en droit évitant soigneusement de croiser son regard. Eloise lève son beau visage pâle vers leur hôte. Il glisse une main sur sa joue et son regard brûlant embrase se nouveau le c½ur de la jeune fille. Elle se moque dans son moi intérieur de leur situation. Des mouches autour d'une tarte, voilà ce qu'elles sont devenues.
Sebastian avait réussi à conquérir le c½ur de chacune, pour des raisons différentes. Bien que profondément soudées, les amies s'était pour lui, transformées en rivales. Il s'en aperçut a cet instant seulement. C'était à qui lui coulerait le regard le plus suggestif, qui afficherait le plus beau sourire. Seule Padmée ne bouge pas d'un cil. Il se place devant elle :
-« Quelque chose cloche ?
-Chat échaudé craint l'eau froide » répond la jeune fille, distante.
Les cinq amies se dévisagent, étonnées. Qu'a-t-il bien pu se produire pour que Padmée, si douce, si courtoise et si bavarde veuille couper court à une discussion ? Elle qui appréciait tant la compagnie de Sebastian et leurs conversations. La petite brune aux yeux verts se contente de refermer le lourd volume d'un coup sec, se lève vivement et quitte la pièce, sans prêter attentions aux regards interrogateurs qui épient chacun de ses mouvements.
Tous restent interloqués. Même Sebastian.
-« Pour une fois » Lâche Cassandre, ironique.
-« Elle sera plus dure que les autres » Murmure le jeune homme pour lui seul. Il est frustré, en colère mais aussi admiratif. Et puis, c'est un prédateur. Il attendra et saura se saisir de sa proie.
-« Tout vient à point à qui sait attendre » se remémore t'il.
Padmée est seule dans sa chambre. Elle est à la fois affolée et apaisée. Elle branche son i-pod, choisi la chanson intitulée « One Day », extraite de la Bande originale de Pirates des Caraïbes, son film favori.
Ce qu'elle vient de lire, elle ose à peine y croire. Le tatouage de Sebastian, sur le haut du dos est un très vieux symbole. Un pentacle. Le fameux signe du Da Vinci Code. Un symbole étrange et méconnu, tout droit sorti de la nuit des temps. Elle vient d'apprendre qu'il peut désigner soit la vie, soit là mort. Mais dans le cas de Sebastian, quelle est la définition à choisir ?
Padmée observe le soleil dehors et écoute le chant des oiseaux. Tout sembla paisible. La jeune femme s'adoucit, et s'accoude à son balcon. Elle saisit son livre préféré, Merlin L'Enchanteur, de Barjavel et commence à le parcourir. Un sentiment de bien être l'inonde toute entière. Non, la vie est trop belle. Ce n'est peut être qu'une coïncidence, après tout.
Elle adresse un regard au soleil qui lui offre ses derniers rayons et serre entre ses doigts sa médaille. Elle ne peut pourtant chasser de sa tête cette citation, qui la rend perplexe face à sa découverte.
Mêmes histoires, différentes versions, et elles sont toutes justes.
Aurore la fixe, et ne peut détacher son regard d'elle. Son amie l'a magnétisée, envoûtée. Padmée semble transformée, une autre femme, plus belle, plus attrayante. Amy, autre apprentie comédienne écoute attentivement et apprend aussi. La jeune fille qui joue devant elle a suivi l'option d'art dramatique au BAC, et a donc suivi de nombreux cours. C'est la première fois que la jolie rousse voit son amie jouer. Elle doit avouer qu'elle est bluffée. Elle se doutait que ça ne serait pas mauvais, mais ne pensait pas que ça puisse être bon. Vraiment très bon.
Laura, Cassandre et Eloise n'écoutent plus, et ce, depuis pas mal de temps. Leurs regards passent de Padmée à Sebastian. Il ne la quitte plus des yeux, comme s'il découvrait cette fille, alors qu'il a côtoie depuis quelques jours déjà. Elles l'ont d'ailleurs entendu murmurer :
-« Un diamant brut sous des guenilles... tssss ! »
La mine du jeune homme reste concentrée et sérieuse, on dirait qu'il boit les paroles de leur amie. Celle-ci a bien remarqué de Sebastian la regarde d'une façon qu'elle ne lui connaissait pas. Mais elle n'en a cure. Elle ne lui accorde que de vagues regards, distants et complaisants. Comme si elle était intouchable.
Padmée termine dans un rire clair et salue en multipliants les pitreries. Elle adresse un sourire mutin au garçon. Un de ses sourires qui veulent dire :
-« Essayes de m'attraper... Si tu t'en crois capable ! »
Sebastian l'observe avec flegme et calme. Il a tout son temps. Et aucune femme ne lui résiste. Jamais. Une nouvelle partie s'engage.
Eloise a un pincement au c½ur. Elle se doutait bien que Sebastian continuerai de papillonner, mais elle ne pensais pas qu'un jour elle devrait entrer en concurrence avec une de ses meilleures amies, qui elle ne demandait rien. Padmée n'appréciait pas tellement la présence des hommes... Elle avait vécu trop de déboires sentimentaux, et avait fermé son c½ur pour ne plus souffrir.
A chaque fois qu'on reparlait de ses anciens amoureux, elle tournait la tête, embarrassée et triste. Alors, elle avait décidé, après une nouvelle désillusion qu'elle ne chercherait dans la compagnie d'un garçon qu'amusement et discussions passionnées. Du moins jusqu'à ce qu'elle ai terminer de panser ses blessures.
Cassandre, quand à elle, trouvait qu'ils étaient bien mal assortis. Trop de fougue en elle, trop de calculs pour lui. Laura n'avait pas pu s'empêcher de lui glisser que c'était parce qu'il lui avait fait oublier Adrian qu'elle était si sarcastique. D'ailleurs, Padmée semblait prendre ses tentatives de séduction comme un jeu ou elle allait le mener du bout du nez. Mais la jeune fille ne savait pas dans quoi elle s'engageait. Aucune de ses amies ne lui avait confié le danger qu'il y avait pour un c½ur de croiser le regard noir de Sebastian.
Amy se leva, pour couper court aux rires étouffés des trois filles.
-« Si nous allions nous baigner au lac ? » propose t'elle.
Padmée hoche la tête en souriant. La chaleur est étouffante. Oui nager leur fera du bien et leur apportera un peu de fraîcheur. Elle se lève avec fierté et rejoint son amie. Les autres les rejoignent, de bonne humeur.
Sebastian est resté un peu en retrait, puis les rattrape. Arrivé à la hauteur de Padmée, il lui prend le bras, doucement, et la fait se tourner vers lui. Il la fixe avec intensité. La jeune fille jette un coup d'½il alentour. Par réflexe, les autres ont augmenté l'allure afin de les laisser seuls à seuls. Aurore est restée au manoir. De la fenêtre de sa chambre elle observe ce jeune couple, et contrairement à Cassandre les trouve divinement bien assortis. Mais elle pourrait parier que pour Sebastian les femmes ne sont que des passes temps. Padmée n'en sera qu'une de plus et puis c'est tout. Et au final, elles devront l'aider à ramasser son c½ur en miettes. Elle soupira contrariée, et s'allongea sur son lit pour réfléchir et se reposer un peu.
Padmée n'aime pas que Sebastian la dévisage avec cet aire énigmatique qu'elle connaît bien désormais.
-« Que voulez vous ?
-J'ai déjà entendu ça quelque part... » rit le jeune homme, en pensant à la question d'Eloise, la veille. La réponse claque, acide ;
-« Peut être est ce parce que dès que l'on est à vos côtés, quand on vous parle, que sais je encore, on à l'impression d'être un objet. Mais je ne suis pas un objet. Pas fille à céder comme ça, au premier bellâtre ! »
La mine de Sebastian, au lieu de s'assombrir sous l'affront devient encore plus joyeuse.
-« L'Orgueil est un bien vilain défaut, Padmée...
-C'est aussi un péché capital, merci, je sais. » conclut t'elle avec humeur.
Elle veut s'éloigner de lui, vite. S'éloigner pour éviter de faire une bêtise. Ce garçon, comme pour ses amies, la révulse autant qu'il l'attire. La jeune fille sait que Sebastian n'est pas net et qu'il s'enveloppe de mystères. Qu'il a des choses à cacher aussi. C'est ce qui le rend si séduisant et si attrayant pour elle. Et puis ses grands yeux noirs ont fait chavirer son c½ur dès le premier regard qu'il a posé sur elle.
-« Un jour quelqu'un m'a dit de ne pas prendre garde à celui qui attaquait. Il ne fait en fait que se défendre... » raconte Sebastian, d'une voix apaisante et grave, avant de reprendre :
« Mais vous Padmée, que diable défendez vous ? »
La jeune fille se sent rougir. Elle ne sait pas trop quoi répondre. Le garçon jubile. « Touché ! ». Cet air de victoire, fugace certes, n'est pourtant pas passé inaperçu. L'Orgueil renvient au galop. Une gifle magistrale l'accompagne, et s'écrase sur la joue du jeune homme. Padmée ponctue son geste par un :
-« ça fait du bien ! »
Puis elle reprend son souffle et continue, énervée :
-« Je me défends de m'abaisser comme vous voudriez que je le fasse !
-Et qu'est ce qui vous fait penser ça ?
-Pas avec moi l'air innocent, ça ne prend pas !» reprit la jeune fille, élevant un peu plus le ton. Il s'était un peu rapproché d'elle. Padmée pouvait sentir son souffle chaud lui lécher le visage, ainsi que son odeur de chocolat ? Elle continua, un peu radoucie :
-« Je ne suis pas née de la dernière pluie. Je ne suis tombée amoureuse que de sales types. Je sais donc voir dans certains jeux...
-Quelle haute estime de vous-même, quelle arrogance ! » ironise Sebastian.
« Si tu savais tout de moi, tu aurais déjà fui trésor... » ne peut il s'empêcher de penser.
Elle s'est écartée de lui et se dirige vers le lac. Il ne s'avoue pourtant pas vaincu, lui saisit les épaules et la retourne brusquement. Padmée tend ses muscles, prête à cracher son venin. Il soupire, presque amusé de ne pas parvenir à la faire céder. Elle, de son côté, l'observe et le trouve beau. Un vrai prince charmant. Le genre d'homme tout du moins, qu'elle rêverait d'épouser, comme ses amies d'ailleurs. Mais comment a-t-il pu l'envoûter, en quelques paroles et sourires en coins, ça elle ne le sait pas. Elle ne le comprend pas.
Pour le moment, Sebastian est là, à côté d'elle, et il serra sa main dans la sienne, les yeux brillants. Cette étrange lueur, d'une infinie douceur, est comme un feu qui s'embrase peu à peu en elle. Padmée c'est un peu débattue au début, plus pour la forme que pour s'échapper vraiment. Maintenant, elle abandonne. Son c½ur bat à tout rompre, comme s'il allait exploser dans sa poitrine.
Le jeune homme observe sa compagne, si fière et impétueuse. Des cheveux châtains qui encadrent le visage ovale et tombent élégamment dans son dos, que le soleil fait briller, leur donnant un joli ton cuivré, qui fait ressortir de grands yeux verts malins et rieurs. Elle ne porte pas, pour la première fois qu'il la voit, ses lunettes. Aujourd'hui, étrangement, c'est la première fois aussi qu'il trouve qu'elle ne manque pas de charmes.
Des clapotis et des rires rompent la magie du moment.
-« On devrait aller les retrouver. » murmure t'elle, rougissante.
Ils sont arrivés. Padmée observe l'eau miroiter sous le soleil, avec envie. Sa proximité avec Sebastian a embrasé son être, et elle meurt de chaud. Sans prendre la peine d'enlever son bustier bleu et son pantalon de lin, elle plonge dans la mare, en criant.
Le jeune homme la rejoint quelques instants plus tard. Il lit dans les prunelles de la jeune fille de la convoitise et du désir. Il est torse nu, et les n½uds de ses muscles saillent. « Vraiment il est bien fichu. » songe t'elle. Cependant, sa fierté l'emporte toujours, et le reste de sa personne n'affiche pas le moins du monde le trouble qui s'est immiscé en elle.
Sebastian nage doucement vers sa proie, sûr de lui et de sa plastique. Il enserre la taille svelte de la jeune femme, la presse contre son c½ur. Padmée émet un hoquet de surprise, le regarde hébété. Puis elle sourit. Il trouve qu'elle rayonne. Maintenant elle est fière d'être dans ses bras, et assouvit ainsi son orgueil. Le garçon lui aussi est imbu de sa personne.
-« Comme il est aisé d'emmener les gens exactement là ou l'on veut qu'ils aillent »
Sebastian sent le corps de la jeune femme se raidir, son bassin commençant doucement à s'arquer. Elle pose sa joue contre le torse du jeune homme. Son c½ur s'emballe un peu plus quand les mains de Sebastian parcoururent le bas de son dos. L'espace d'un instant, elle a peur. Peur d'aller trop vite, peur de l'irrémédiable qui risque de se produire entre eux. Le jeune homme, lui, effectue des gestes tendres et précis. Enfin c'est ce qu'elle croit. En réalité, pour Sebastian, tout ceci n'est qu'une mascarade, une mécanique bien huilée pour parvenir à ses fins. Rien de plus. Rien de moins.
Les jeux de Cassandre, Laura, Amy et Eloise parviennent aux oreilles de Padmée, mais très lointain, presque assourdis, alors que Sebastian et elle ne sont qu'a une dizaine de mètres, masqués par des plantes aquatiques qui accueillent leurs étreintes. Elle ferme de nouveau les yeux quand il se penche sur elle et que ses lèvres lui frôlent le cou. Un frisson la saisit et l'électrise assez pour qu' elle ose croiser ses mains sur la nuque de Sebastian et caresser ses courts cheveux noirs.
Le jeune homme note qu'elle se calme peu à peu, qu'elle s'apaise. Il pose son front sur celui de la jeune fille. Puis, avec précaution, il vaut saisir ses lèvres. Un dernier soubresaut d'Orgueil fait réagir Padmée, qui se défile et glisse entre ses doigts. Avec un sourire gêné, devant l'air étonné de Sebastian, elle explique :
-« Je ne peux pas... Je crois que vous êtes quelqu'un qui aime papillonner de femmes en femmes, de c½urs en c½urs. Je... je ne veux plus souffrir.
-A quelles conditions pourriez vous être mienne ?
-Faites de moi votre reine ! » se moque gentiment Padmée, avant de nager ver la berge.
Elle jette un dernier regard à Sebastian qui ne bouge pas. Sur son omoplate, un tatouage. Une étoile à cinq branches entourée d'un cercle. Elle sort de l'eau, rebrousse chemin. La jeune femme est soucieuse. Pourquoi donc son orgueil est il attisé auprès de ce jeune homme ?Sebastian de son côté, frappe violemment l'onde. Il est dépité :
-« Echouer si prêt du but ! »Il est mécontent. Il en veut à sa nature. Le jeune homme a conscience que sa présence exacerbe les défauts et péchés des hommes. C'est L'Orgueil de Padmée qui l'a sauvée. Et qui l'a perdu lui. Il se retourne et tente d'afficher une bonne figure à ses autres convives. Malheureusement pour lui, elles sont déjà, elles aussi, sorties, courant après leur amie.
Leurs questions, pressantes et souvent déplacées la gênent. Pourtant, elle a fait de même avec elles, par le passé. La jeune fille ne sait que répondre car elle connaît l'attrait que Sebastian produit chez chacune d'entre elles. Elle monte se changer et se précipite ensuite dans la bibliothèque. Aurore s'y trouve déjà, ainsi que les quatre filles.
-« Alors, la baignade ? »
Laura pouffe. Amy sourit, narquoise. Eloise lève la tête de son ouvrage. Cassandre cesse de jouer du piano.
-« Elles ne t'ont pas raconté ? » s'étonne faussement Padmée.
-« Sebastian a toujours été ainsi, c'est dans sa nature tu sais...
-Je sais. » se contente de répondre la jeune femme.
Elle se saisit de l'échelle de bibliothèque, gravit plusieurs barreaux, se saisit d'un vieux livre relié de cuir rouge, s'installe à une table et commence à le parcourir, négligemment. Sebastian te trouve à la galerie et les observe toutes les six. Un calme et une volupté immense émanent des filles. Comme une communion. Une confiance infinie aussi entre elles. L'équilibre des adultes et l'insouciance des enfants, le tout conjugué. En les détaillant, à la dérobée, il songe à ce qu'il lui reste encore à accomplir, les yeux dans le vague, l'esprit occupé par l'une de ses jolies invitées.
-« Mais pourquoi, par l'enfer, quand elle danse, insolente, ses yeux de feu m'embrasent et me hantent ? Quelle brûlure, quelle torture, les flammes de sa chevelure flétrissent mon corps d'obscènes meurtrissures. »
Amy relève la tête et croise le regard de Sebastian. Aurore fronce les sourcils. Elle ne comprend vraiment pas ce qu'il se passe dans la tête de son vieil ami. Il lui jette un clin d'½il plein de malice et retrouve son air affable et enjoué. Il entre de nouveau dans la peau de son personnage de gentleman.
-« C'est mieux.. » songe la brunette.
Il descend les escaliers doucement. Cassandre avait recommencé à jouer et une musique douce et mélancolique inondait la pièce. La future étudiante en droit évitant soigneusement de croiser son regard. Eloise lève son beau visage pâle vers leur hôte. Il glisse une main sur sa joue et son regard brûlant embrase se nouveau le c½ur de la jeune fille. Elle se moque dans son moi intérieur de leur situation. Des mouches autour d'une tarte, voilà ce qu'elles sont devenues.
Sebastian avait réussi à conquérir le c½ur de chacune, pour des raisons différentes. Bien que profondément soudées, les amies s'était pour lui, transformées en rivales. Il s'en aperçut a cet instant seulement. C'était à qui lui coulerait le regard le plus suggestif, qui afficherait le plus beau sourire. Seule Padmée ne bouge pas d'un cil. Il se place devant elle :
-« Quelque chose cloche ?
-Chat échaudé craint l'eau froide » répond la jeune fille, distante.
Les cinq amies se dévisagent, étonnées. Qu'a-t-il bien pu se produire pour que Padmée, si douce, si courtoise et si bavarde veuille couper court à une discussion ? Elle qui appréciait tant la compagnie de Sebastian et leurs conversations. La petite brune aux yeux verts se contente de refermer le lourd volume d'un coup sec, se lève vivement et quitte la pièce, sans prêter attentions aux regards interrogateurs qui épient chacun de ses mouvements.
Tous restent interloqués. Même Sebastian.
-« Pour une fois » Lâche Cassandre, ironique.
-« Elle sera plus dure que les autres » Murmure le jeune homme pour lui seul. Il est frustré, en colère mais aussi admiratif. Et puis, c'est un prédateur. Il attendra et saura se saisir de sa proie.
-« Tout vient à point à qui sait attendre » se remémore t'il.
Padmée est seule dans sa chambre. Elle est à la fois affolée et apaisée. Elle branche son i-pod, choisi la chanson intitulée « One Day », extraite de la Bande originale de Pirates des Caraïbes, son film favori.
Ce qu'elle vient de lire, elle ose à peine y croire. Le tatouage de Sebastian, sur le haut du dos est un très vieux symbole. Un pentacle. Le fameux signe du Da Vinci Code. Un symbole étrange et méconnu, tout droit sorti de la nuit des temps. Elle vient d'apprendre qu'il peut désigner soit la vie, soit là mort. Mais dans le cas de Sebastian, quelle est la définition à choisir ?
Padmée observe le soleil dehors et écoute le chant des oiseaux. Tout sembla paisible. La jeune femme s'adoucit, et s'accoude à son balcon. Elle saisit son livre préféré, Merlin L'Enchanteur, de Barjavel et commence à le parcourir. Un sentiment de bien être l'inonde toute entière. Non, la vie est trop belle. Ce n'est peut être qu'une coïncidence, après tout.
Elle adresse un regard au soleil qui lui offre ses derniers rayons et serre entre ses doigts sa médaille. Elle ne peut pourtant chasser de sa tête cette citation, qui la rend perplexe face à sa découverte.
Mêmes histoires, différentes versions, et elles sont toutes justes.


